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Malgré ta grande honte, ta componction, ton profond désarroi, tu es bien obligé de l’avouer : tu ne comprends rien à la danse. Rien ; pas ça.

Longtemps, tu as essayé ; en cachette. Peine perdue : la vision et l’écoute simultanées de types en collants – dans le meilleur des cas, parfois les types sont nus et c’est bizarrement encore pire – se tordant sur une musique étrange te donne invariablement l’envie, toujours dans le meilleur des cas,  de dormir, mais aussi parfois de fuir ou de tuer tes voisins à coup de machette, puis de gober leurs yeux avec un rire dément.

Ceci posé, il convient de remettre les choses dans leur contexte : tes filles, comme, semble-t-il toutes les filles de nos jours, gavées sur MTV de Shakira et de Beyoncé, font de la danse. Tu es donc obligé, plusieurs fois par an, de te livrer à un exercice périlleux pour ta santé mentale (dans un jeu vidéo, tu y perdrais environ la moitié de tes capacités) : aller voir le spectacle de fin d’année.

En général, après avoir fait la queue dans une atmosphère surchauffée, entouré de parents hallucinés visiblement sous l’emprise d’une drogue quelconque, tu te retrouves dans un siège inconfortable, serré entre deux dondons endimanchées, pour au moins deux heures ; pendant tout ce temps, des enfants défilent sur la scène tels des robots, dans des costumes visiblement conçus par un recalé du Rocky Horror Picture Show (qui t’ont toutefois coûté quinze jours de salaire), essayant tant bien que mal d’effectuer une suite de mouvements sans signification aucune dans le temps imparti par le morceau déniché dans une compilation d’artistes contemporains biélorusses. Parfois, sans doute pour réveiller ou calmer les pères de famille, des danseuses adultes viennent faire un tour sur la scène. Pendant tout ce temps, tu as essayé de lire (mais, la lumière venant de la scène, tu dois te tourner dos à celle-ci pour y voir quelque chose), de repérer dans les troupes les filles au physique improbable dont tout le monde doit se dire tout bas « c’est bien qu’elle fasse de la danse, ça doit l’aider », de regarder ta montre (tu as bien pris soin de prendre celle dont les aiguilles brillent dans le noir) à peu près cinquante fois, de faire une micro-sieste, mais surtout de constater que même celle dont tes filles disent « tu as vu, elle danse trop bien » se contente de balancer sa chorégraphie (tes filles disent « choré », comme dans une émission de TF1) sans aucune notion du rythme. Pour toi qui aimes, révères, kiffes le rythme, c’est une abomination. Comment toutes ces filles peuvent-elles danser sans se préoccuper d’être dans le temps ? Comment ces profs de danse, grassement payées, peuvent-elles à ce point se laver les mains de cet aspect premier de la musique ?

Lorsque tu es complètement abattu, tu te rends compte que c’est enfin au tour de ta fille de danser, et que, malgré toutes les leçons de rythme qu’elle a reçues petite – et malgré ce que tu lui diras par la suite –, elle fait à peine mieux que les autres. Puis les lumières se rallument, et c’est fini ; sauf que la fin, dans les spectacles de fin d’année, s’appelle « entracte », et qu’il te reste encore deux heures à tirer, durant lesquelles, tu le sais, tu vas commencer à baver, à rouler des yeux, à sautiller sur place avec un ricanement grinçant. Puis ce sera enfin fini, jusqu’à la prochaine fois. Dans l’intervalle, tu essaieras encore de regarder Pina, Béjart ou Carlson, mais tu n’y comprendras toujours rien. Puis, telle l’épidémie de grippe, le spectacle reviendra.

Un jour, lorsque tu seras vraiment très vieux, tu regarderas sans doute les DVD aml filmés de ces spectacles, achetés au prix du caviar, en te remémorant la jeunesse de tes filles. Peut-être, avec l’érosion de ta mémoire, auras-tu alors la faiblesse de penser que c’était le bon temps. Que nenni, vieux, que nenni. Puissent ces lignes survivre aux bugs successifs que nous préparent les Incas et autres pénibles civilisations, pour te remémorer que, dans ta jeunesse, tu n’aimais pas la danse.

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S
<br /> C'est vrai que ça doit pas être bien terrible non plus. Mais au moins ils jouent pas "Waka Waka".<br /> <br /> <br />
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P
<br /> Ah, les spectacles de fin d'année! Et encore les tiennent font de la danse. Les miens de la guitare! Je te laisse imaginer les poils qui se hérissent sur mon corps tout entier quand ça ferraille<br /> dur à coup de fausses notes. Le souci est qu'il n'y a pas que nos gamins à écouter et là ça fait mal!<br /> <br /> <br />
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P
<br /> Componction ... T'as du découvrir ce mot dans le Telerama de cette semaine et tu fais le malin à l'utiliser. Nous ne sommes pas dupe!<br /> <br /> <br />
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