Tes lecteurs, s’il en reste, seront sans doute surpris de constater que, depuis l’ouverture de ces chroniques, le terme « bonheur » revient quatre fois ; en moyenne une fois toutes les quarante-sept pages. Dans le même temps, « rognons » est employé vingt-quatre fois – soit une fois toutes les huit pages.
De là à en conclure que les rognons sont six fois plus importants pour toi que le bonheur, il y a un pas qui pourrait bien être celui d’une personne arrivée par un concours de circonstances tout à fait extraordinaire, que tu ne dévoileras pas ici car il faut bien que le tes lecteurs utilisent leur imagination à un moment ou à un autre, au bord du toit d’un building de vingt-cinq étages et dont le visage recouvert d’un masque ne permet pas l’identification, et l’empêche en outre de voir que ce pas le – ou la – précipitera quatre-vingts mètres plus bas, et que tu ne franchiras donc pas ; pour autant, il te semble urgent de rétablir une balance qui semble dangereusement pencher du côté où elle va tomber. Et pour cela, comme chacun sait, il suffit de te Delermiser.
Pour contrebalancer sa célèbre première gorgée de bière – si ton fils écrivait des chansons sur Châtenay-Malabry, Fanny Ardant ou Modiano, tu serais quant à toi directement passé à la première bouteille de whisky – voici donc une liste de ce qu’il est convenu d’appeler des petits bonheurs du quotidien :
– des filets de sardines à l’huile d’olive sur une tranche beurrée de pain de campagne grillé ;
– un poulet sauce satay et du nasi goreng sur une terrasse au-dessus de la baie de Nusa Lembongan, d'où l’on peut voir des femmes cueillir l'agar-agar ;
– une pinte de Guinness dans un pub sur Achill Island, au bord d’une plage battue par le vent ;
– une partie de golf le matin à Clew Bay, alors que la mer est lisse comme un miroir bleu ;
– des poissons-lions à Port-Louis et des perroquets aux îles Similan ;
– un coucher de soleil partout où il se couche ;
– Des rognons au madère.
Merde. On n’échappe pas aux rognons.