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Les vacances d’été, outre la pénible habitude de certains individus à vouloir faire le tour du pays en pédalant, bien aidés il est vrai par des drogues de plus en plus pointues et de petits moteurs électriques (heureusement, les cadeaux de la caravane et les 2 CV Justin Bridou maintiennent encore les spectateurs au bord des routes), correspondent avec la période des festivals. Il se trouve que ta ville est l’hôtesse d’un de ces festivals et que, par un concours de circonstances tout à fait inintéressant, tu es esclave dans ce même festival. Plus précisément, tu es esclave volontaire, puisque telle est la définition officielle du bénévolat (un bénévole est en gros quelqu’un qui accepte de travailler cinquante heures sur quatre jours sans aucune compensation financière autre qu’un maigre repas de temps en temps avalé en cinq minutes entre deux tâches afin que Philippe Katerine puisse engloutir la moitié du PIB de la Turquie en achat de bananes à envoyer dans le public. Bien sûr, d’autres bénévoles, appelés « bénévoles avec pouvoir », travaillent 15 heures à surveiller les autres avant d’aller voir tous les concerts et de se goberger dans les loges avec ledit Katerine). Tes supposées compétences en matière musicale t’ont fait cette année accéder au titre d’aide technique à la régie (ce qui fait qu’en plus de ne pas être payé, tu as piqué le boulot d’un vrai technicien, ce qui représente environ 300 kilos de bananes supplémentaires pour ton ami farfelu). Durant quatre jours, tu t’es donc coltiné des kilomètres de câble à brancher, des tonnes de retours à disposer puis à ranger, des kilowatts de lumières à régler, le tout sous une chaleur caniculaire. Heureusement, compensation inestimable, tu as pu assister aux concerts des protégés des bénévoles avec pouvoir, qui, de temps en temps, ont aussi celui de placer leurs connaissances qui « font de la musique » sur scène. Et le moins que tu puisses dire est que, cette année, tu n’as pas été déçu.

Ils devaient arriver à cinq, mais deux d’entre eux (« les deux meilleurs », t’a-t-on affirmé par la suite) s’étant disputés, ils n’étaient que trois. Parmi eux, le violoniste, pour commencer, ne voulait pas monter sur scène parce que, disait-il, il était trop timide. Ce qui se ressentait intensément à sa manière inaudible de jouer (ceci dit, comme il était très faux, il valait mieux que l’on ne l’entende pas). Le clavier ne s’entendait pas dans les retours, qui ont fini par être plus forts que le son de façade (la plupart du temps, il était seul à jouer, ce qui laisse à penser qu’il avait un assez sérieux problème du côté de l’oreille). Le percussionniste avait l’air d’un bon musicien, mais son instrument était plus ou moins couvert par la boîte à rythmes du clavier. Est-ce pour cela qu’il a quitté la scène au milieu du concert, ou plutôt parce que le clavier a soudain décidé, pensant sans doute contenter son public, de délaisser la musique orientale qu’ils étaient censés jouer pour nous servir un bouquet de magnifiques chansons d’amour italiennes façon bord de mer Costa Brava 1984, chantées remarquablement faux (« Je ne sais pas pourquoi, mais quand je joue du clavier, je perds le chant », t’a plus tard fort lucidement déclaré le nouveau Tozzi) ? Quoi qu’il en soit, le régisseur et toi-même avez vécu là l’un de vos plus beaux moments de ce festival riche en émotions, et tu ne remercieras jamais assez tes amis bénévoles de t’avoir fait profiter de leurs compétences inestimables en matière de programmation musicale.

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