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Tu dois faire cet aveu : tu ne seras jamais un bon écrivain. Tu le sens au plus profond de toi. Rien que le fait d’écrire des inepties telles que « au plus profond de toi » pourrait le prouver une bonne fois pour toutes. Cependant, ce n’est même pas pour cela que tu ne seras jamais un bon écrivain, mais juste parce que tu as largement passé l’âge. Etre un bon écrivain demande de la technique, bien sûr, mais surtout du souffle, de l’endurance, un certain rythme pour tout dire. Et pour tout cela, il faut commencer jeune. Penser que l’on peut devenir un bon écrivain à quarante ans, c’est un peu comme si on voulait jouer  pour Barcelone à cinquante.

Un bon écrivain doit presque obligatoirement boire plus que de raison, ou au moins beaucoup fumer : la drogue est aussi conseillée. Au fur et à mesure de l’avancement de la carrière, certaines affections feront leur apparition. Le manque de sommeil sera souvent une conséquence à la fois des cuites solitaires et de l’excitation provoquée par certaines phrases particulièrement bien tournées, et les maux de tête dépendront de ce que l’écrivain absorbera ; mais la conjonctivite et les problèmes respiratoires seront présents dans tous les cas d’écrivain convenable*. L’abus de la position assise favorisera les hémorroïdes, ainsi que l’apparition de varices. Avant d’envisager une carrière d’écrivain de qualité, il faudra donc s’assurer que l’on est en parfaite forme physique ; il est conseillé d’être une force de la nature. En effet, détruire sa santé de manière aussi systématique demande des ressources qui dépassent les possibilités de la plupart des humains. Il a été prouvé que les meilleurs écrivains possédaient une capacité pulmonaire bien supérieure à la moyenne, des reins particulièrement productifs. Certains parmi les meilleurs arrivaient, dit-on, à soulever un cheval à main nues.

Et pourtant, dix, quinze ans plus tard pour les plus chanceux, on les retrouve dans un sanatorium, essayant de récupérer leurs poumons et leurs adjectifs qui se font la malle par leur bouche édentée. Leur sexe s’est ratatiné (la plupart des bons écrivains perdent plus de 50% de sexe en 15 ans), leur peau est cadavérique et leur cul flasque est certes loin d’avoir fière allure.

En plus de démolir la santé, le métier d’écrivain est reconnu comme étant celui qui produit le plus de cons. Seul devant sa feuille, le bon écrivain est forcément peu porté sur les relations humaines, ce qu’il écrit étant bien plus important qu’une lessive oubliée ou une conversation sur la liste des courses. Pour cette raison sa compagne (tu sais que tu vas t’attirer les foudres des féministes, sans compter les LGBT, en prenant pour postulat que l’écrivain est un homme hétérosexuel, mais si tu prends en compte la proportion de féministes et LGBT sur les trois personnes qui vont lire ceci, tu penses que tu peux encore t’en sortir sans trop de dommages physiques), qui bien souvent tient au départ le rôle de muse, ne tarde jamais trop à fuir, souvent avec le meilleur ami de l’écrivain qui en a lui aussi assez d’attendre dans le salon pendant que l’autre connard essaie de rafistoler un chapitre qui part en couille. Ce qui, au final, ne favorise pas l’épanouissement de ce con.

Alors bien sûr, tu aurais aussi pu embrasser une carrière de mauvais écrivain. Toutefois, cela demande aussi des sacrifices : le temps que le mauvais écrivain ne passe pas à réfléchir à ses phrases, il doit obligatoirement le passer auprès d’étiques top-models dans des cabines de bronzage. Il doit en toute circonstance arborer des chemises immaculées, une chevelure foisonnante et une dentition parfaite. Cela aussi est au-dessus de tes forces.

Tu as donc choisi d’être un écrivain moyen, un de ceux qui jamais n’auront la chance de voir leur nom célébré ou honni, un de ceux dont tout le monde se fout. Les années passant tu as appris à mesurer tes phrases, à employer les bons mots, de temps en temps tu en produis même une potable. Mais tu as choisi la vie contre la littérature, et ce choix te poursuivra pour le restant de tes jours. En général, tu ne le regrettes pas.

 

*Sur 142 écrivains, 88 soufraient de conjonctivite en 1852 ; ils étaient seulement 12 sur 254 l’an dernier.

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S
<br /> Combien tu veux?<br /> <br /> <br />
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P
<br /> C'est vrai, tu as raison, ce n'est pas facile d'être un écrivain. C'est d'ailleurs rageant de voir comme certains ont des facilités sur l'écriture. Comme par exemple un gars que je connais, qui<br /> n'est pas du tout écrivain de métier et qui monte un blog comme ça rapidos et qui pond presque quotidiennement une page intéressante. J'en connais un autre, qui n'est pas musicien de métier et qui,<br /> quand tu lui mets une gratte entre les doigts, en fait ce qu'il veut. Ou encore ce type qui se dit "tiens je vais m'acheter un appareil photo numérique réflex pour prendre quelques photos" et qui<br /> se fait publier à peine quelques mois après ses clichés sur le site de GEO.<br /> Moi j'envie ces mecs qui décident un jour de faire un truc et qui le font tellement bien qu'ils atteignent un putain de bon niveau assez facilement. On est juste pas tous égaux quoi.<br /> <br /> <br />
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