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              Tu avais jusque là toujours aimé les maths. Les chiffres étaient des choses auxquelles on pouvait faire confiance. Les chiffres ne vous poignardaient pas dans le dos. Dans tes premières années, ils étaient de ton côté. A l’école, d’abord, où tu étais assez bon pour avoir des notes à deux chiffres ; puis dans ta vie de jeune adulte, les 2400 francs de ta première paie, les 387 kilomètres qui te séparaient encore de Barcelone ou les 10 grammes au fond de ta poche, tout cela faisait que les chiffres étaient tes amis.

Puis tu as eu 40 ans. D’un seul coup, les chiffres sont devenus ce qu’ils ne cesseront sans doute jamais d’être, jusqu’à ta mort. De sales petits bâtards, qui passent leur vie à te rappeler qu’ils sont plus forts que toi. 600 euros de découvert à la fin du mois, 10 kilos en trop, 3,65 grammes de cholestérol. Les nombres, à 40 ans, n’hésitent pas à vous tirer une balle entre les yeux, par plaisir.

Avant de gagner définitivement la partie, le cancer de ton père n’était lui aussi qu’une affaire de chiffres. La protéine a baissé, elle est à 31, c’est bien. Les plaquettes à 6000, il faut faire le plein à l’hôpital. L’hémoglobine est à 7,5, c’est bas mais elle devrait remonter à 9 avec le traitement. Jusqu’au moment où les chiffres des analyses se sont tus, pour ne laisser que la difficile respiration et les gémissements, et le petit bruit doux de la pompe à morphine. Tu pouvais toujours lire les chiffres sur les cadrans lumineux qui transformaient la chambre en un Las Vegas d’occasion, mais ces chiffres mouvants ne disaient qu’une chose : pour le moment, il y a encore un peu de vie ici. Pour le moment. Puis ce fut le 0, le moment où les chiffres ne veulent plus rien dire, et sont remplacés par un sifflement qui attire les infirmières.

Même s’il t'est difficile de comprendre pourquoi ces kilos de chair, de sang et d’esprit humain doivent au bout du compte n’être réduits qu’à quelques os malades, tu te rends compte à ton grand désarroi que tu as beaucoup mieux accepté la mort que la maladie, peut-être parce que tu sais depuis longtemps que la mort est forcément au bout, mais que cette souffrance, ce progressif renoncement, cette incoercible faiblesse ne sont pas obligatoires. Tu te figures qu’il aurait été préférable qu’il tombe d’un coup, que le cœur lâche. Tu penses peut-être que cela aurait été plus simple. Il ne te vient pas à l’esprit que la maladie n’est peut-être là que pour préparer à la mort, pour laisser le temps à tout un chacun de s’habituer à cette absence à laquelle on sait ne pas pouvoir s’habituer.

Pour s’habituer à ce zéro qui clignote dans la chambre muette.

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E
Quand tu apprends la mort de son père tu es reste prostré, assis à ton bureau, le téléphone à la main.<br /> Tu pleures mais tu penses que çà ne s'est pas entendu. C'est ton père qui t'annonce et son ton un peu léger t'énerves d'ailleurs, tu eus préféré qu'il sanglote un peu.<br /> Et puis il te passe ta soeur qui a aussi ce ton un peu énervant pour les circonstances mais elle tu lui pardonnes tout, car tu aimes chez elle, ce ton qui la caractérise.<br /> Tout va bien.<br /> Tu réalises alors que c'est idiot de penser au ton que doivent avoir tes proches quand il t'annonce une mort. On est pas au théâtre, on est dans la vrai vie de vrai avec des vrais gens et des vrais<br /> morts.<br /> On est dans la vrai vie de vrai c'est à chacun d'opter pour son ton, son expression, son armure.<br /> Tout ce joue sur le potentiomètre de la pudeur, celui qui régule le sens commun.<br /> Pas de pudeur et c'est la grande tragédie que l'on joue pour tous comme un diktat ou bien trop de pudeur et l'on semble être mal poli ou méprisant.<br /> C'est peut être aussi le jeu du fond et de la forme.<br /> Quand on partage le fond de ses sentiments, on est bien vivant, on brule et on tue un peu les autres. Quant on est que dans la forme on est plus comme une coquille vide, c'est le grand décorum<br /> mondain, le comportement du grand bourgeois qui compose.<br /> En même temps, bien que pathétique, c'est assez drôle de croiser ces personnages dans certaines soirées parisiennes ou dans des vernissages. Il y a en même qui sont assez touchants.<br /> Trêve de digression.<br /> A son bon souvenir, je me rappelle ces heures passées devant le tour de France une roulée à la main, peut être du caporal, et le briquet à la bouche. La collection de SAS bien sûr, dans le cagibi<br /> de la salle de billard. Son humeur de con évidemment, que sa femme savait si bien désamorcer par le rire.<br /> Et son habileté aussi, sur la plage de Rosas à me faire virevolter dans les aires comme si pour un instant nous étions des acrobates.<br /> Je pouvais aussi monter debout sur son ventre qui était dure comme la pierre.<br /> Mais surtout c'était incontestablement le roi de la planche, son corps sortait intégralement de l'eau.<br /> Parfois plus.<br /> <br /> Il a rejoins Achille Talon et Saturne.<br /> <br /> Lui le sensible, le bourru, le barbu.
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S
<br /> <br /> J'avais pas vu le commentaire... Merci vieux.<br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> Réaction post-traumatique normale.<br /> Je subis encore de temps à autre ce genre de sensation, même 2 ans après, mais j'encaisse de mieux en mieux. Ça dure de moins en moins longtemps, c'est encourageant. Et l'avantage en vieillissant<br /> c'est qu'on apprend à vivre plus facilement avec les trucs qui nous dérangent, bizarre ...<br /> <br /> <br />
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