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L’une des grandes questions depuis la fin du XXème siècle a été de savoir ce qui aurait bien pu se passer si Hitler, Staline, Mao ou Ben Laden n’avaient pu accomplir leur œuvre. Où en serait le monde aujourd’hui s’il n’avait été fondé par la Shoah ? Où en seraient les Etats-Unis sans Oswald et le 11-Septembre ? Autant de questions qui, par essence, resteront sans réponse.

Il t’arrive également de réfléchir, de manière légèrement différente, à un autre type de questions : que ce serait-il passé si un tas de gens, forcément inconnus aujourd’hui, avaient pu mener à bien leurs existences ? Tu as donc décidé, en vue d’écrire un article sur Wikipédia – ce qui constituerait l’apogée de ta carrière littéraire – d’entreprendre des recherches colossales sur le sujet. Et, en exclusivité pour tes trois lecteurs, tu peux ici en livrer les premiers résultats.

Kromf, un homo sapiens habitant la région de Herto, en Ethiopie, aux alentours de 120 000 ans avant notre ère, avait, en regardant le ciel un soir, élaboré la théorie d’un être suprême unique vivant au milieu du ciel ; cet être (qu’il avait baptisé Diougr) était fait de joie,  de bonheur et de bienveillance ; il était, pour tout dire, profondément gentil. En allant annoncer la nouvelle à son village le lendemain matin, Kromf fut malheureusement chargé et écrasé par un mammouth, que sa tribu consomma en sa mémoire.

José de Nazareth (-2 – 11) était le seul à savoir raisonner la légère tendance à la mythomanie de son frère – comme lorsqu’il appelait Gaspard, Melchior et Balthazar ses trois oncles Gangulphe, Meldon et Barbatian, garagistes de leur métier, venus apporter un carburateur à leur sœur le jour de l’accouchement – et à lui faire entendre raison. Il a été mangé par un crocodile au bord du Tigre.

Samuel Von Brüchtenhoff, un savant de Frankfurt, était en 1350 sur le point de conclure ses travaux sur la transmission des ondes ; il avait découvert l’électricité un an auparavant, mais préférait l’annoncer d’une manière originale. Son premier exemplaire de poste de télévision était presque prêt lorsque l’épidémie de peste le happa. Ses recherches, perdues dans l’incendie de sa maison, auraient pu nous faire passer directement du Moyen-Âge aux Anges de la télé-réalité sans passer par les cases Renaissance, Romantisme ou Surréalisme : un gain de temps de 650 ans.

George Stuart Hollington, dans le Londres de 1888, avait profité de ses capacités de déduction phénoménales pour parvenir à la conclusion que la bêtise humaine pouvait devenir, après une modification mineure au niveau du cortex, une source inépuisable d’énergie, 25 fois plus puissante que le charbon, et gratuite. Il eut malheureusement du mal à trouver des volontaires pour ses expériences, et disparut dans le brouillard de Whitechapel où on l’aperçut pour la dernière fois, errant telle une âme en peine, un scalpel à la main.

Que serait-il advenu de nous si de tels individus avaient vécu plus longtemps ? Nous ne le saurons sans doute jamais, à moins que les travaux de M. Ugolini Forfitini (Pompéi, 24-79) sur la machine à remonter le temps ne soient retrouvés par miracle.

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