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Toi, jeune homme, ne désespère point ; car, tu as un ami dans le vampire, malgré ton opinion contraire. En comptant l’acarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux amis !

 

Lautréamont, les Chants de Maldoror – chant premier

 

 

Un récent sondage confidentiel, commandé par tes soins à un institut de sondages optimiste de gauche (celui-là même qui avait prédit 37% des voix au premier tour des Présidentielles à Jean-Luc Mélenchon, ou avait annoncé que 87,5% des français interrogés s’estimaient “heureux” – les sondés faisaient partie des gagnants du Loto), a révélé que plus de 60% de tes lecteurs étaient en fait des lectrices (pour être plus précis, 2 de tes 3 lecteurs sont des lectrices).

Par une heureuse coïncidence, tu aurais toi-même aimé être une femme, et pas seulement, comme le pense ton lecteur masculin, pour avoir des seins à disposition 24 heures sur 24. Non, pas seulement (même si cette idée vient de te pétrifier durant cinq bonnes minutes devant ta feuille) ; pas non plus parce que, dénuées de ces attributs poilus, pendants, et pour tout dire peu esthétiques dont tes camarades masculins semblent tirer toute leur intelligence – certains ne vont-ils pas jusqu’à marcher ostensiblement penchés vers l’avant ? –  elles n’éprouvent pas sans cesse le besoin d’en comparer la taille, généralement, heureusement, de manière métaphorique – la queue de poisson du conducteur tuné ou l’invective du supporter de football étant l’équivalent légèrement plus civilisé de  la gambade de droite et de gauche en arrosant les plantes de quelques jets d’urine bien sentis – ce qui, bien que plus reposant que ne le seraient, pour un oui ou pour un non, des abaissements répétés de pantalon, des soupesages dubitatifs, des évaluations métriques sous l’œil neurasthénique de témoins légèrement gênés, reste assez épuisant à la longue ; mais aussi parce que, comme tu l’as sans doute déjà précisé dans ces pages – mais il faut bien trouver un avantage à écrire des pages que personne ne lit – tu ne comprends rien aux femmes. Et qu’en être une te permettrait sans doute de les comprendre mieux.

Entendons-nous bien : lorsque tu dis ne rien comprendre aux femmes, cela ne signifie pas que tu ne sais pas, pour donner un exemple concret, que les femmes ont un besoin sans cesse renouvelé de s’entendre dire du bien de leur apparence physique, d’être certaines qu’elles n’ont pas pris de poids, que leur visage abreuvé de crèmes hydratantes que tu n’as pas fini de payer ne se couvre pas – contre toute attente – de rides que ne saurait combler le fond de teint, ou que leurs cheveux ne ressemblent pas après un passage de quatre heures chez le capilliculteur visagiste à une quelconque jungle tropicale. Cela, tu le comprends assez facilement. Ce que tu as plus de mal à saisir, c’est que les femmes, supérieures aux hommes dans à peu près tous les domaines auxquels tu peux penser, n’ont pas encore trouvé le moyen de vivre sans tes consexes, en ne les utilisant qu’à des buts reproductifs. Ce que la veuve noire, la mante religieuse, la pieuvre violacée de Shimane – le mâle, cent fois plus petit qu’elle, est réduit à des yeux et une poche de sperme, soit à peu près la même chose que la plupart des hommes – l’abeille et même le sarcopte de Lautréamont ont compris depuis la nuit des temps, les femelles humaines semblent ne pas l’assimiler.

Tu dois l’avouer, tout ceci de déçoit un peu. Finalement, peut-être n’y a-t-il pas tellement à comprendre. Peut-être t’es-tu fourvoyé, en pensant que les femmes étaient supérieures aux hommes ; peut-être, après tout, les femmes ont-elles leur propre version des concours de bites.

Dans ce cas, toutefois, tu demandes à voir.

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