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            Tu es trop vieux pour être un personnage de roman populaire et moderne ; soit. Toutefois, en refusant d’arrêter de vieillir, tu arrives maintenant à l’âge requis pour être un personnage de roman policier nordique.

            Les pays nordiques, apparemment, sont peuplés, non de pères Noëls comme une tenace légende tendrait à le faire croire, mais de policiers vieux, bougons et mal habillés. N’ayant pour ainsi dire aucun humour, ce qui est aisément explicable : ils habitent des pays où il fait toujours froid et gris, où les gens se font assassiner de façon horrible tout au long de l’année – les décapitations à la hache sont très courues, mais on immole aussi allègrement, sans doute pour se protéger du vent glacial, et l’on noie aussi beaucoup, ce qui oblige de courageux plongeurs à aller explorer la vase de quelque lac à moitié gelé – et où tout est globalement rendu plus compliqué du fait des noms incompréhensibles que portent à la fois les personnages et les lieux – les phrases comme : « Erlendur se demandait si Gudrunsdottir s’était arrêtée à Kópavogsvöllur sur sa route vers Fjölbrautaskölinn, ou si elle était passée par Hofsstaðaskoli ; ce détail pouvait avoir son importance. » sont légion dans les romans policiers nordiques – ce qui explique aisément les migraines dont sont atteints les policiers nordiques. Les unes dans les autres, ces caractéristiques te conviennent assez bien : vieux, tu l’es, bougon aussi, paraît-il, tu essaies de t’habiller aussi mal que possible et tu as perdu tout ton humour en te demandant pourquoi Standard and Poor’s.

Tu pourrais donc tout à fait être un inspecteur de police nordique. Tu traînerais à longueur de journée ton mal-être dans une espèce de gabardine tachée, oubliant la plupart du temps de manger et prenant parfois des cuites mémorables – les policiers nordiques ont tous un problème d’alcoolisme totalement différent de celui des privés américains : ils ne boivent que lorsqu’ils en ont assez du système, soit environ une fois par roman, mais se tapent alors des quantités phénoménales de vodka ou de mauvais whisky – tout en résolvant des affaires complexes de trafic d’êtres humains. Tout cela en ne cessant pas un instant de bougonner.

Le policier nordique, pour ce que tu en sais, est à peu près privé de poils, peut-être pour ne pas être confondus avec les Pères Noëls ; tout juste une mauvaise barbe de ci de là, rien d’extravagant ; soit, tu devras te raser. Plus embêtante est la propension du policier nordique à se faire méchamment tabasser – ou tirer dessus – exactement à chaque milieu de roman ; comme si l’enquête, pour rebondir, nécessitait que le policier nordique se prît un coup sur la tête. Tout cela ne t’enchante guère : le fait d’être obligé par contrat à te retrouver à l’hôpital dès que tu n’as plus d’idée n’est pas un aspect très positif du job.

D’ailleurs, aux dernières nouvelles, les policiers nordiques étaient à peu près tous sur la touche, à la retraite, à moitié séniles ou tout simplement disparus dans des fjords. La relève est visiblement assurée dans les nouveaux romans policiers nordiques par de jeunes filles aux joues roses, ce qui te va beaucoup moins bien comme rôle. Peut-être arriveras-tu à convaincre un des auteurs de romans policiers nordiques de te prendre à l’essai ; si tu arrives à prononcer son nom correctement, tu as peut-être une chance.

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