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Un jour où l’autre, afin de relever le niveau de confiance de ce blog intimiste, tu devras bien t’exprimer sur l’affaire. Avant que tout ne soit balayé par le vent de l’information ; avant que les protagonistes, femme de chambre ou ancien politique, ne sombrent définitivement dans l’oubli, la folie ou l’abandon relatif, n’existant plus que pour une paire de latinos aux joues tatouées de larmes particulièrement habiles dans les douches avec un savon et une lame de rasoir. Un jour ou l’autre, tu devras dépoussiérer ces initiales, évoquant à la fois le délicat slip kangourou et un dangereux serial killer. Un jour ou l’autre, en effet – ainsi que tes lecteurs t’en pressent – tu devras bien te prononcer.

Maintenant que cela est fait, tu peux passer à autre chose.

Il pourrait apparaître, à la lecture de certains des chapitres précédents, que tu es quelqu’un de foncièrement dépressif ou insatisfait. D’aucuns, mal ou peu informés, pourraient croire que tu te complais dans la fange, dans la boue de l’existence, que les émanations fétides de la Camarde sont ton parfum favori. Au contraire : tu es un ami de la gaudriole, de la rigolade, un adepte de la frivolité, du divertissement. Tu aimes rire, sans doute pour oublier toutes les atrocités que t’impose ton esprit la plupart du temps, à moins que ce soit par obligation – tu as certainement lu quelque part que l’exercice régulier, voire effréné, des muscles zygomatiques avait pour effet d’éloigner les maladies comme ces prises électriques nauséabondes et sans doute pathogènes sont censées éloigner les insectes. Tu es donc passé maître dans l’art d’étirer obliquement les commissures de tes lèvres vers le haut, sans avoir pour cela besoin d’avoir recours au bistouri de Maldoror.

Mieux, tu es drôle. Il t’arrive parfois, dans quelque accès de génie, de te faire rire toi-même. Parfois, alors que certaine saillie particulièrement bien troussée t’a laissé pantelant, tu songes à compiler ces bouffées délirantes aux sujets variés, mais elles se transmutent invariablement en quintes catarrheuses, tant ta bile est amère.

Tu te contentes donc, comme tout un chacun, de pleurer devant Pilate parlant de son ami (« I have a vewwy gweat fwiend in Wome called Biggus Dickus. »), ou en entendant Jacques François déclarer pour la vingtième fois au moins « Mais… Mais…C’est de la merde ! ». Comme tout le monde, tu sais que Georges Abitbol est l’homme le plus classe du monde, battant de peu le sénateur John Blutarsky. La frénésie de Portnoy, le chien stupide de Fante, le dieu d’Auslander sont tes compagnons de longue route, au même titre que Richard Richard, Edward Hitler, Louis C.K. ou Ben Chang. Tu t’esclaffes volontiers à la vision de Chabat en résille ou même parfois, lorsque tu es un peu fatigué, au bout du rouleau, légèrement désespéré pour tout avouer, à l’écoute de l’un de ces comiques populaires, qui savent si bien – mais comment font-ils, se demandent en cœur les présentateurs télé – croquer les petits travers de notre vie quotidienne.

Parfois, très tard le soir, entre une émission de pêche et un strip-tease roumain mortifère, tu te surprends à esquisser un sourire nerveux devant Arthur et ses congénères qui frétillent dans le poste – tu t’es laissé dire que certains d’entre eux, vertigineux cercle vicieux, étaient célèbres uniquement parce qu’ils passaient à la télé. Ce qui t’envoie au lit sur le champ, et, immédiatement et pour la nuit entière, te rappelle que tout être humain est profondément faible, faillible et hautement mortel.

Comme quoi.

 

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