Comme tout un chacun, tu possèdes ce que l’on appelle des racines. Chez certains, ces racines semblent une affaire très sérieuse, mais les tiennes ne t’ont jamais préoccupé plus qu’il n’était nécessaire, peut-être parce qu’elles sont finalement assez classiques. Tu possèdes du sang ch’timi, bien utile pour comprendre les films de Dany Boon, où surnagent tant bien que mal quelques décilitres belges, un ou deux litres de sang espagnol du Vall d’Aran, malheureusement pas ibérico, et autant de Commingeois. Ce mélange te donne, autant que tu puisses en juger, plutôt satisfaction (par l’intermédiaire de leur mère, tes filles y ont ajouté un peu de liquide marocain et surtout Bordelais, et tu te demandes si toutes ces racines ne sont pas trop lourdes à porter, mais elles n’en donnent pas l’impression). Tu n’as jamais éprouvé le désir de savoir ce qu’il se serait passé si tu avais été, mettons, Letton. Tout au plus t’es-tu institué Gascon, ce qui n’est qu’à moitié faux, puisque le Commingeois s’en approche par la langue, et par le fait que le Gers prend sa source sur le plateau de Lannemezan.
En revanche, un sentiment t’habite depuis tes jeunes années ; il n’a fait qu’enfler depuis certaine main de joueur de football qui aurait bien joué le coup ; s’est encore amplifié lors de la coupe du monde qui a suivi ; il te réveille parfois la nuit. Tu en as déjà couché deux mots sur le papier brillant de cet écran, dans un autre chapitre. Pour faire court, tu te sens Irlandais.
Tu as bien du mal à l’expliquer, mais tu te sens plus chez toi à Galway qu’à Lille ; à Westport qu’à Saint-Gaudens, où tu as pourtant poussé tes premiers hurlements monosyllabiques ; à Dublin qu’à Bruxelles. Seules, Toulouse et Barcelone s’élèvent encore comme ultimes remparts de tes racines contre cette invasion d’Eire.
L’autre nuit, il t’est clairement apparu que ce besoin d’être Irlandais devrait être partagé par tous. S’il y avait plus d’Irlandais, notre monde se porterait mieux. C’est pourquoi tu te proposes de rédiger un petit manuel à l’attention de ceux qui, comme toi, voudraient, sans forcément piétiner leurs racines, devenir Irlandais. Ce manuel n’a pas pour but d’amener le lecteur à vouloir découvrir l’Irlande (tu subodores qu’au moins 2/3 du lecteur a déjà, souvent par ta faute, été traîné dans ce pays), mais bien de fixer différents critères qui constituent, comme c’est la mode, un socle commun de connaissances à ton avis nécessaires, sinon obligatoires, pour devenir Irlandais. De plus, cela aura le mérite d’apporter un nouveau souffle dans ce blog, qui, selon certaines sources, en aurait bien besoin.