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Tu te dois de couper court à la rumeur, qui commence, tu l’as constaté, à enfler telle un diodon apeuré sur les réseaux sociaux : en dépit de l’irrésistible aura sexuelle qui nimbe chacun de tes gestes, tu n’as pas couché avec le Président.

Ceci s’explique assez facilement par le fait que, pour commencer, tu ne l’as jamais rencontré, et qu’ensuite, même aux temps les plus aigus de sa perte d’embonpoint post-flamby et de son indépendance capillaire la plus folle, tu ne l’as jamais vraiment trouvé attirant.

Tu te rends bien compte aujourd’hui de ton erreur ; coucher avec le Président est subitement devenu le meilleur moyen pour les entrepreneurs de ce pays de s’assurer un revenu confortable jusqu’à Alzheimer. Tu as pu récemment constater que les Français, dans leur généreuse commisération, étaient prêts à consacrer jusqu’à huit millions d’euros à cette cause, soit environ ce qu’ils donnent tous les ans à Amnesty International. Le chiffre peut paraître exagéré à certains, mais ils ne sont pas conscients de la somme d’efforts, de courage, d’abnégation et de dictionnaires des synonymes nécessaire pour mener à bien cette entreprise : arriver à vendre des livres en donnant des détails plus ou moins croustillants – parfois plus ou moins mous, parfois plus ou moins indigestes sans doute – sur une relation dont, au mieux, tout individu normalement constitué devrait se foutre royalement.

Il est temps, tu le dis sans ambages, d’arrêter de tirer sur l’ambulance. Quelques soient les mensurations présidentielles, elles ne devraient pas attirer sur les costumes noirs de la démocratie les regards charitables, étonnés, concupiscents ou réjouis. De même, les accusations de cynisme, d’indifférence sont insupportables ; alors même que ce Président, constatant que les actionnaires des grandes entreprises maigrissaient à vue d’œil, ne se nourrissaient qu’à peine, dépérissaient pour tout dire, et sachant mieux qu’un autre ce qu’avoir faim veut dire, n’a pas hésité une seconde avant de leur donner quarante milliards – auprès desquels les huit millions de Valérie font doucement rigoler ? Point ici d’indifférence, de cruauté ou de cynisme ; suivons dès aujourd’hui ces actionnaires qui, redevenu replets, sont les seuls, entre deux bouchées de tournedos, sont les seuls à remercier notre président de son infinie compassion.

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